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Georges AUTARD - Seven STATEMENTS

Revenu à des moyens basiques : cartons découpés, papiers collants et push pins, écritures à la peinture ou à la craie, bricolages porteurs du sens de l’instant, de l’immédiateté, de l’urgence de la déclaration et de la simplicité du message, Georges Autard manifeste aujourd’hui la grande liberté que lui confère l’expérience, allant à l’essentiel, dans un geste aussi rapide que précis, héritage de la pratique des arts martiaux, de la méditation et du rock, qui constituent avec le Living Théâtre, le background de sa culture originelle et qui nourrit la puissance graphique et conceptuelle de ses déclarations, sonnant chacune comme un ultimatum : PARADISE NOW !

Patrick Raynaud  

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Sonia Delaunay - seventies memories

Dans son entretien avec Jacques Damase et extrait du documentaire réalisé par Patrick Raynaud, Prises de vue pour une monographie, en 1972, Sonia Delaunay dévoilait ce ressenti qui l’anima toute sa vie : « Tout est sentiment, tout est vrai. La couleur me donne la joie ».  

Les dernières décennies de la vie de Sonia Delaunay seront marquées par la série des Rythmes colorés : gouaches et peintures à l’huile réinterprétant à l’infini les formes du cercle et du carré parvenant à la concrétisation d’un art abstrait et plus que jamais empreint de poésie. Dans son ouvrage Nous irons jusqu’au soleil, écrit en collaboration avec Jacques Damase et Patrick Raynaud en 1978, Sonia Delaunay précisait : « La peinture jusqu’à présent n’était que de la photographie en couleur, mais la couleur était toujours employée comme moyen de description de quelque chose. L’art abstrait est un commencement de libération de la vieille formule picturale. Mais la vraie peinture nouvelle commencera quand on comprendra que la couleur à une vie propre, que les infinies combinaisons de la couleur ont leur poésie et leur langage poétique beaucoup plus expressifs que par les moyens anciens. C’est un langage mystérieux en rapport avec des vibrations, la vie même de la couleur. Dans ce domaine il y a de nouvelles possibilités à l’infini. Quand on comprendra cela on comprendra notre importance en peinture, aussi bien la mienne que celle de Robert et on commencera à chercher à comprendre ce que nous avons fait ».    

Les Rythmes-Couleurs représentent un ensemble de gouaches au langage pictural simple et abstrait. Ces gouaches sont composées de formes géométriques souvent contraires. Sonia Delaunay oppose des cercles et des carrés, des lignes droites avec des diagonales. Ces oeuvres sont une parfaite conclusion du travail plastique de l’artiste : une abstraction faite de formes-couleurs. Sonia Delaunay qualifiera ces gouaches de poèmes plastiques. Guillaume Apollinaire parlera d’orphisme, d’un « art du mouvement de la couleur ». Robert et Sonia Delaunay parlent de simultanéisme, du pouvoir constructif et dynamique de la couleur ; ou quand les couleurs créent, par leur seul rapprochement, des vibrations qui animent la surface de la toile et insufflent une dynamique aux œuvres en confrontant tonalités complémentaires et dissonantes. En 1978, Sonia Delaunay écrit encore dans Nous irons jusqu’au soleil : « Robert voulait regarder en face le soleil de midi, le disque absolu. Il se forçait à le fixer jusqu’à l’éblouissement. Il baissait les paupières et se concentrait sur les réactions rétiniennes. De retour à la maison, ce qu’il cherchait à jeter sur la toile, c’était ce qu’il avait vu à la fois les yeux ouverts et les yeux fermés, tous les contrastes que sa rétine avait enregistré ». Voilà l’image parfaite de ces grandes compositions au mouvement giratoire, rythmées par la distribution des couleurs.

Sonia Delaunay, tout au long de son oeuvre, se situera au coeur de l’avant-garde, proposant une nouvelle vision de l’art qui prône son intégration dans la vie quotidienne. C’est en apposant ses couleurs simultanées sur des objets domestiques, des robes, des tissus, des sacs à main, des tableaux, une automobile, sans distinction de hiérarchie entre les arts appliqués et les arts dits plastiques, que Sonia Delaunay marquera son époque, créant ainsi un nouvel art dénué de toute figuration dont la « couleur-forme » en est le sujet. Ainsi, l’oeuvre de Sonia Delaunay influença les jeunes générations d’artistes et les influence probablement encore aujourd’hui.

Avant de s’éteindre elle dira à la personne qui l’assistait pour s’habiller et qui résume l’engagement d’une vie consacrée à l’art : « Dépêchez vous, j’ai encore plein de choses à faire aujourd’hui ».

Grégory Murot

VINCENT CORPET - DEMASQUES

La peinture de Vincent Corpet s’amuse à déconstruire l’identité corporelle et celle du champ artistique, iconographique, pictural. Son travail questionne le statut de l’œuvre d’art. Son témoignage qui pourrait s’apparenter comme anecdotique nous révèle cette tonalité et ce parti pris : "Né le jour du Printemps de 1958, vingt ans plus tard, jour pour jour, je décide de devenir artiste. Entré à l’École des Beaux-Arts de Paris en 1979, j’en ressors le plus vite possible, deux ans plus tard, le Diplôme Supérieur d’Arts Plastiques en poche. Je peins mon premier tableau le 8 juin 1982, c’est le seul qui porte un nom, Pour le renouveau du bien être. Les tableaux suivants jusqu’à aujourd’hui, sont identifiés par un code qui précise le numéro du tableau, l’année où il a été peint, et la taille de la toile en centimètre : 2976, 2000, 130x81. Comme ça, c’est simple ! »

La démarche de Vincent Corpet vise à activer la puissance représentative de la peinture, à démultiplier et à complexifier sa représentation, afin de la situer au-delà de toute ressemblance. Les images naissent de ce que nous sommes et dans lesquelles nous pouvons nous reconnaître. Sa peinture prend sens dans une mise en dialogue et une certaine manière de faire écho aux images enfouies et inconscientes de notre mémoire.

C’est sur ces préceptes qui font l’identité de son travail que l’artiste répond ici de façon in situ. Aussi, et dans l’idée de ce qu’il nous présente aujourd’hui, il lança en I998 le projet intitulé "Vincent Corpet par..." où il invita trente et une personnalités du monde artistique à l'emmener pour le photographier. Puis il demanda à trois conservateurs de monter une exposition de ces photos. Loin qu'il s'agisse d'un retour au corps vécu comme unité et à l'individu que serait l'artiste, c'est l'inverse qui frappe Vincent Corpet : "L’artiste lui-même, malgré les apparences, fait figure de grand absent et le portrait de l'artiste sert de prétexte à l'autoportrait du cadreur".

A contrario, Vincent Corpet nous propose une interprétation libre des sept masques africains habituellement apposés au mur de l’appartement. Sa proposition, bien qu’elle reste dans la continuité de son travail de déstructuration par le fond (et la forme) d’objets artistiques préexistants, dénote de la profonde empathie que l’artiste a pu ressentir en rendant le « visage» à ces masques à postériori. En effet, c’est aussi avec une certaine tendresse non dénuée d’humour que Vincent Corpet développe ici une série de photomatons, les portraits de visages oubliés, cachés, envisagés ou dévisagés, derrière ces masques qu’il fait chacun se confronter l’un à l’autre : la figure et son imaginaire ainsi démasqués. 

Grégory Murot

 

 

 

BEN SAINT MAXENT - E.A.P

Après avoir traverser monts et océans, vallées et fleuves, villes et villages, Ben saint Maxent est de retour pour présenter un programme unique au monde : l’Ethno and Artistic Program. L’EAP est conçu pour changer durablement votre manière de voyager, tout en conservant les bases solkdes du marché touristique. Le programme proposé sera une excellente introduction pour les nouveaux-venus dans le monde de l’art contemporain et permettra aux plus aguerris de redécouvrir des espaces déjà traversés. Il offre l’opportunité à qui le souhaite d’expérimenter les profonds bénéfices d’une véritable immersion culturelle.

A travers objets détournés et manufacturés, trouvailles et vidéos, Ben Saint Maxent emmène le public vers d’autres contrées, à la fois réelles et fantasmées. C’est à partir de ses déplacements à travers le monde qu’il analyse les us et coutumes d’un groupe pour questionner les notions de rituel, de symbolisme et d’icônes contemporaines en adoptant la posture du « touriste professionnel passionné d’ethnologie ». Sa méthode réveillera vos envies d’ailleurs et vous permettra de prendre conscience des bienfaits du volontourisme, la nouvelle tendance à ne pas manquer.

Dans ce showroom vous aurez l’opportunité de découvrir une exceptionnelle exposition d’authentiques souvenirs, allant de l’équipement sportif traditionnel à l’objet de culte païen. Ces sculptures s’organisent comme des matérialisations symboliques interculturelles, hybrides et évoluant entre nature et culture. Cette collection a été constituée au fil des rencontres entre l’artiste et les autochtones des pays traversés, vous permettant une immersion totale au cœur d’autres civilisations.

Evoluant au sein de repères géographiques contradictoires, vous êtes invités à vivre une expérience culturelle où le monde artistique et le monde touristique se confondent pour répondre à vos désirs d’exotisme. Comme l’attestent de nombreux témoignages, les différentes œuvres présentées par Ben Saint Maxent agissent comme des jalons dans votre découverte afin de vous guider dans votre quête.

Rêveurs, baroudeurs infatiguables, maniaques de l’organisation ou bien novices, l’EAP saura vous accompagner à travers une excursion inédite et inoubliable.

Elodie Castaldo & Chloé Angiolini

 

Ben Saint Maxent m’apparaît comme un marcheur observateur occidental affranchi du monde qui l’environne et ce, à l’échelle une : macro artistique. Son travail de recueillement et de création de significations par le prisme du volume, de l’objet, met en exergue les multiples contradictions esthétiques, économiques, philosophiques etc., sous un regard anthropologique et ethnographique. Les enjeux artistiques sont tripartites : l’artiste et son objet artistique, les questions marchandes et curatoriales, le réception de l’art et son autosuffisance dans sa médiation.

Ben Saint Maxent est aussi collectionneur, amoncelant son trésor en vue d’une possible explosion dans le sens ethnico-cathartique, cassant les frontières et les révélant à la fois et ce, non sans humour. La monstration telle qu’il l’envisage ici pour la première fois nous en propose une rétrospective aussi profonde que légère sur cette étagère – objet conséquente.

Enfin il est de cette catégorie des bricoleurs tel que le définit Claude Lévi-Strauss dans son ouvrage "La pensée sauvage" : le bricoleur est à la frontière indistincte (et archaïque), entre nature et culture. Il fait partie du monde dans lequel il doit construire, avec les moyens du bord, son objet. Il agence autrement des signes déjà présents. Le bricoleur est un esthète qui prend plaisir dans la simple combinaison nouvelle qu’il réalise : le résultat obtenu est alors secondaire, le plaisir de l’éventuel succès venant de surcroît.

« Mon travail relève d'un certain goût pour l'étranger et pourrait se résumer par la définition d'une pratique spécifique à l'ethnotourisme, c'est à dire la mise en scène de la tradition et du mythe à l’usage du touriste.
C'est cette quête de l'exotisme qui me pousse à multiplier les expériences empiriques au sein de territoires lointains : la forêt Amazonienne, les montagnes Boliviennes, le hood de Miami ou encore la ville de Shanghai.

Durant ces déplacements j'opère un travail de collecte de "ready-made exotiques" en adoptant la posture du touriste professionnel passionné d'ethnologie. Ces objets et images sont ensuite mis en étalage dans des showrooms à tendance commerciale et muséale qui surfent, à l'instar des nombreuses productions visuelles contemporaines, sur nos envies d'authenticité et de spiritualité.

Mes installations s'approchent dangereusement de la reconstitution de pillages culturels et visuels où des artifices de cinéma amateur sont empruntés et déployés en tant qu'agents de médiation guidant le spectateur comme le passant dans son expérimentation. Ainsi, je mets en place des dispositifs d'images sculptées dont la fonction première est de confondre art et marchandise, en détournant le nouvel essor du marché actuel qui spécule sur l'achat de l'accès à une expérience culturelle. » 

Grégory Murot & Ben Saint Maxent

                            

HARALD FERNAGU - MES COLONIES, LE DESSOUS DES MASQUES

Dans cette série Mes colonies, je reprends des objets issus de l’économie touristique africaine : statuettes, masques. Les objets choisis sont souvent de pauvre facture, construit dans des contraintes de rentabilité, jouant avec juste ce qu’il faut de l’imagerie d’un patrimoine culturel Africain ancestral. Un patrimoine envié, convoité, autrefois pillé, que nous avons rempli de nos fantasmes d’occidentaux. Ces objets sont pour moi comme autant de fantômes réactivant notre passé colonial. Dans ces lointaines boutiques de souvenir se rejoue pacifiquement, une triste guerre féodale : l’acheteur veut de l’authentique, de ce qui est impossible à acheter, du vivant, l’âme d’un pays. Le vendeur lui, joue a faire croire que cette envie est légitime. C’est cette même envie qui a nourri le pillage colonial, qui a spolié de nombreuses communautés de croyants de leurs Dieux-objet. Dieux volés, que nous exposons aujourd’hui dans nos musées sans aucunes autres mesures que notre satisfaction conservatoire. Posséder le patrimoine de l’autre c’est s’imposer à son identité, créer artificiellement une dépendance, une filiation. Si cette filiation forcée pose des questions africaines, elle tord également notre propre identité. D’un autre côté, il y aujourd’hui sur le marché de l’art plus de Dieux-objet à vendre qu’il n’y aura eu de croyants en Afrique. L’Afrique se joue de ses anciens colons.

Je pars en safari, je m’approprie donc d’ « authentiques » objets d’Afrique. Je les colonise. J’accomplis sur eux comme un rituel : des gestes rythmés, répétés. J’utilise l’esthétique graphique de milliers de petits coquillages que je colle un à un sur leur surface. Sans aucune valeur vénale que leur nombre, des centaines, des milliers, l’usage de ces coquillages reprendles codes d’une lointaine esthétique « tribale », et, plus proche de nous, ceux d’une esthétique populaire qui transcende nos souvenirs de plage en créant avec eux des objets de pacotilles. Je m’amuse à reconstruire dans cette longue temporalité, les formes d’une fascination empreinte de naïveté, où les objets de rituels ont été fétichisés, dépossédé de leur réalité, pour mieux nous ressembler.  

Harald Fernagu

 

DOMINIQUE BLAIS - A REBOURS

Depuis le début de sa pratique artistique au milieu des années 2000, Dominique Blais a toujours placé son travail dans une logique contextuelle. Lieu, temporalité et contrainte(es) sont ainsi des sujet et/ou des objets que l’artiste investit et questionne pour développer une réponse conceptuelle et formelle en relation avec les éléments prédominants de sa démarche : la perception sensible et physique de notre environnement, le rapport à l’invisible et à l’inaudible, ou encore la matérialisation du temps.La question des matériaux, qu’ils soient physiques ou évanescents, se révèle primordiale dans son œuvre. Ne se limitant pas à un domaine privilégié, il élargit son vocabulaire plastique à un ensemble de médiums et de techniques (dessin, céramique, photographie, installation, son, vidéo, etc.) qui lui permettent de concevoir et de mettre en œuvre des propositions faisant écho aux problématiques de son processus de recherche.

Le travail de Dominique Blais convoque particulièrement la mémoire et l'imaginaire du spectateur. Ses matériaux de prédilection étant les outils ou appareils de diffusion de la lumière et du son, il n’hésite pas à se servir de produits culturels de toute sorte, afin de réussir à provoquer chez le spectateur l’effet souhaité. Minimalistes, abstraites ou conceptuelles, ses créations existent dans un espace-temps insaisissable, fantomatique, agençant des images mentales à partir d’un montage signifiant d’éléments a priori insignifiants.

Travaillant à la limite du perceptible, il explore le lien ténu entre visible et invisible à travers des installations qui questionnent le rapport au lieu, à la mémoire.

Ici et en réponse à l’invitation de Patrick Raynaud, l’artiste a rapidement souhaité évoquer en creux le cours des années passées, remontant le temps au delà de sa rencontre avec celui qui fût son directeur à l’école de Beaux-Arts de Nantes à la fin des années quatre vingt dix.

Adepte des contraintes et privilégiant les propositions artistiques faisant sens avec l’environnement (spatial et temporel) dans lequel elles sont produites et/ou diffusées, Dominique Blais propose un dispositif conceptuel dont la description nous conduirait à spoiler le scénario.

 

FABRICE HYBER - Ceux que l'on a aimés. Ceux que l'on aime.

Reconnu comme l'une des figures majeures de l'art contemporain français, Fabrice Hyber a construit depuis une trentaine d'années une œuvre dont la diversité des approches révèle aujourd'hui au public un travail proliférant, aux ramifications formelles et conceptuelles impressionnantes. Sa manière de faire à géométrie variable s'enrichit chaque fois d'un dialogue avec de multiples disciplines (de la physique aux neurosciences, de l'astronomie à la phytothérapie) pour renvoyer le spectateur/acteur à un chantier plus vaste où toutes les dimensions de l'expérience humaine sont convoquées. Mêlant dessins, peintures, vidéos et installations, Fabrice Hyber multiplie les possibilités d'intervention sur la forme, les comportements, les organisations. Sa conception de l'art se frotte ouvertement aux manières de vivre le Monde, par des propositions qui remettent en jeu les modes d'interprétation du réel, ce que l’artiste appelle plus généralement le « commerce » des formes.

L’ensemble de l’œuvre de Fabrice Hyber est conçu sous la forme d’un gigantesque rhizome qui se développe sur un principe d’échos. En procédant par accumulations, hybridations, mutations, l’artiste opère de constants glissements entre des domaines extrêmement divers. Chaque œuvre n’est qu’une étape intermédiaire et évolutive de ce « work in progress » qui se répand comme une prolifération de la pensée, établissant des liens et des échanges qui donnent ensuite lieu à d’autres articulations. « Prothèse mentale qui prolonge la pensée par le corps » ou « entreprise mettant en réseau des individus, des idées et des savoir-faire », son œuvre répond à de multiples définitions.

Tous les éléments habituels de la peinture valorise cette pensée multiple : le dégradé, l’aplat, la matière, la transparence, le recouvrement, le mélange, le collage, les couleurs, l’aquarelle et la peinture a l’huile, le fusain, les vernis, les colles, les résines, le rouge à lèvre ou le pétrole, tout est possible avec une énergie joyeuse :

« Le rouge à lèvres comme le pétrole sont des matériaux qui accompagnent autant l'idée du beau que du moche, de l'impossible que de l'inaccessible, du luxe et du convoité. Ils sont l'un et l'autre. Ils se transforment sans jamais totalement disparaître, ils laissent des traces comme l'amour. Ces deux matériaux sont les muscles des dessins, la chair des corps représentés pour les 7 clous. Les œuvres sont des représentations de mes amours et de mes rêves mais aussi l'occasion de présenter ces deux matières extraordinaires ».

 

JEAN GABRIEL COIGNET - Twist & Vanité

Clément Greenberg rêvait d’un « art doux, grand, équilibré, apollinien dans lequel la passion ne remplit pas les vides laissés par l’application défectueuse ou incomplète des théories mais part du point où la théorie la plus avancée s’arrête, un art dans lequel un détachement intense informe toute chose. »*

Cette citation m’a beaucoup éclairé sur l’orientation qu’a prise mon travail depuis 1990 :

La série Sculpture Opaque commencée en 1990 désigne un ensemble de constructions qui sont posées directement au sol et constituées de cinq plans visibles. Un seul de ces plans est orthonormé et perpendiculaire au sol, les autres s’appuient sur lui de façon oblique. Quatre des arêtes convergent sur le bord supérieur droit et produisent donc un décentrement. Peinte d’une seule couleur, aucun des plans n’est privilégié. Cependant ils se distinguent les uns des autres par la lumière qu’ils reçoivent. C’est sa situation au sol et les qualités d’éclairement du lieu qui inscrivent et articulent la sculpture en ce lieu.

La série Relief commencée en 1992 a été un moyen de transposer au mur les articulations de la série Sculpture Opaque : voir comment ce type de configuration peut exister ainsi. Peints en blanc, ces reliefs s’approchent de la forme et de la discrétion de l’applique, mais leur positionnement, conditionné par leur constitution, semble les faire pivoter sur le mur ce qui engendre une idée d’étendue renforcée par l’ombre portée variant suivant l’heure.

La série Vanité, commencée en 2004 au même titre que la série Ana s’organise autour d’une ouverture. Ici, une partie du mur apparaît à travers la construction tout en la complétant. L’ombre portée joue ici aussi bien à l’intérieur qu’en périphérie ce qui donne un aspect instable à ces solides constructions. Dans une certaine mesure, ces réalisations font écho au tableau, sa constitution et une réelle profondeur faisant office de perspective qui n’aboutit qu’au mur, d’où l’appellation « Vanité ».

Dans le même esprit, la série Twist, débutée en 2011, articule autrement l’organisation des plans qui constituent la série Sculpture Opaque en ramenant les deux côtés opposés de ces sculptures sur un même plan. Cette série est réalisée en matériaux composites à la différence des précédentes. La surface recouverte de peinture époxy brillante lui donnant la distance et la froideur de l’objet produit industriellement, à rapprocher de la « beauté d’indifférence » voulue par Marcel Duchamp.

Jean Gabriel Coignet

*cité par Harry Cooper in « Un détachement intense : Line Form Color d’Ellwoth Kelly », p 6, ed. Harvard Univesity Art Museum 1999.

 

ANNE BREGEAUT & PIERRE ARDOUVIN - Anne & Pierre

Si les artistes croisent sans cesse leurs travaux au gré des expositions, il arrive qu’ils croisent aussi leurs vies, comme c’est le cas d’Anne Brégeaut et Pierre Ardouvin, connus séparément et retrouvés ensemble. La programmation de 7 clous à Marseille qui cherche à partager les émotions, les sentiments, les centres d’intérêts liés aux rencontres d’une vie, leur permet aujourd’hui de faire dialoguer leurs œuvres respectives sur le mur d’un salon, comme ils le font eux – mêmes dans leur vie quotidienne.

Patrick Raynaud

CLAUDE CLOSKY - 10 cm en dessous

MICHEL BLAZY - Agar Agar